Renversement du pouvoir politique
Il est relativement rare que le Bangladesh fasse la une des journaux, autrement que pour des catastrophes naturelles. Or, cela est le cas cet été, avec une véritable tempête politique, qui a trouvé sa fin provisoire ce début août avec le renversement de la Cheffe du Gouvernement, Cheik Hassina, contrainte de fuir son pays face à la colère populaire, et la nomination d’un gouvernement d’intérim sous la direction de Muhammad Yunus, économiste, prix Nobel de la Paix, et inventeur du micro-crédit.
Les émeutes qui ont abouti à ce renversement ont débuté début juillet par des demandes pacifiques de la part d’étudiants, révoltés par la réinstallation de quotas dans les emplois de la fonction publique.
Ce système de quotas aboli une dizaine d’années auparavant réservait un tiers des postes de fonctionnaire aux proches, notamment aux petits-enfants d’anciens combattants de la guerre d’indépendance de 1971, historiquement liés au pouvoir en place.
Combiné avec d’autres quotas de discrimination positive, ce système privait de nombreux diplômes d’un emploi et donc d’un revenu décent, alors même que des postes de fonctionnaire restaient vacants. Car si le Bangladesh a connu une embellie économique, celle-ci est avant tout due à la dynamique du secteur textile créateurs d’emplois peu qualifiés et sous-payés, laissant de millions de jeunes sur le bord de la route et dans le désespoir.
La répression très brutale et meurtrière du mouvement, avec tir à balles réelles et plusieurs centaines de morts au final, a mis de l’huile sur le feu, embrassant toutes les couches de la population en multipliant des revendications, bien au-delà de celle initiale relative aux quotas.
Les griefs se portent avant tout sur le régime de plus en plus autoritaire de Cheik Hassina, fille du fondateur et premier président du Bangladesh, et ancienne icône démocratique, devenue, selon ses détracteurs, de plus en plus autocratique voire liberticide. Des sévères accusations de corruption et de détournement de fonds publics ont également été portées à l’encontre de la dirigeante et son cercle proche, des anciens chefs de l’armée, de la police, du fisc…. Le soulèvement de tout un peuple a amené la fuite du pouvoir vers l’Inde.
Après plus 20 ans de pouvoir exercé par Cheik Hassina, le Bangladesh tourne maintenant une longue page de son histoire pour s’orienter vers un avenir qui semble plus ouvert. Quelques jours à peine après le départ de la ‘bégum de fer’, les leaders étudiants, avec l’accord du président et celui des militaires, ont fait appel à Muhammad Yunus pour prendre la tête d’un gouvernement intérimaire.
L’économiste Muhammad Yunus est une figure très célèbre au Bangladesh, et bien au-delà. On l’appelle, à juste titre, « l’inventeur du micro-crédit », qui a permis de tirer de la très grande pauvreté des millions de Bangladais.
Dr Zafrullah Chowdhury, fondateur de GK décédé fin 2023, partageait avec Muhammad Yunus de nombreuses convictions, le souci du bien commun et de la défense de libertés.
Lors de la célébration des 40 ans de GK, Marie Noëlle et Jacques Lejeune ont eu l’occasion de rencontrer et échanger avec Muhammad Yunus [2012].
Nous nous associons activement à cet espoir de justice sociale et politique, à travers notre soutien continu à GK et ses actions.
